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Village du Haut Atlas endommagé dans le Haouz après le séisme de 2023, maisons en terre effondrées parmi les terrasses

Comment le séisme d'Al Haouz transforme l'architecture du Haut Atlas

De la terre et de la pierre au béton, la reconstruction du Haut Atlas change plus que des maisons. Elle change l'apparence, l'identité et l'avenir des villages de montagne.

Au lendemain du séisme de septembre 2023, le Haut Atlas n'avait plus le même visage. Des maisons s'étaient effondrées, des murs s'étaient fendus. Mais le tremblement de terre n'a pas seulement détruit des bâtiments : il a rouvert une question ancienne — comment l'on construit et l'on vit en montagne.

Pendant des générations, beaucoup de communautés du Haouz ont bâti avec ce que le paysage donnait : terre, pierre, bois. Après le séisme, un autre langage est apparu : parpaings, structures armées, matériaux industriels, à côté des murs de pisé.

Pour une famille sans toit, ces matériaux peuvent signifier la sécurité et la vitesse. Pour les architectes et les spécialistes du patrimoine, une autre question se pose : que devient l'architecture traditionnelle du Haut Atlas quand reconstruire veut dire moderniser ?

Damaged High Atlas village in Al Haouz after the 2023 earthquake, with collapsed earthen houses among terraces

Avant le 8 septembre 2023

Le Haut Atlas n'est pas uniforme. Altitude, géologie, climat et savoir-faire local changent d'un village à l'autre. Mais un principe revient souvent : construire avec ce que le lieu fournit. Les enquêtes de terrain ont documenté le pisé, l'adobe, la maçonnerie de pierre en soubassement, le bois pour les linteaux et les planchers. Il n'existait pas « une » maison marocaine traditionnelle — plutôt un ensemble de solutions locales, encore visibles dans les villages amazighs.

Terre, pierre, bois

Le pisé compacte la terre en couches dans un coffrage. L'adobe moule des briques séchées. La pierre protège souvent le bas des murs de l'humidité. Le bois relie les parties de la maison. Ces techniques conviennent au climat et aux matériaux disponibles. Elles n'ont pas été conçues, à elles seules, pour les forces d'un séisme majeur.

Ce que le séisme a révélé

Le 8 septembre 2023, un séisme de magnitude 6,8 a frappé le Haut Atlas. Les équipes de reconnaissance ont constaté des dégâts étendus sur le bâti en terre et en maçonnerie. La cause n'était pas simplement « parce que c'était de la terre ». Comptaient la configuration, les liaisons, les fondations, la qualité d'exécution, l'entretien, le site et la façon dont les matériaux se rencontrent.

Traditional High Atlas stone and earth house with collapsed walls and exposed timber after the Al Haouz earthquake

Deux maisons du même matériau peuvent se comporter très différemment. Une maison traditionnelle peut être précieuse culturellement, adaptée au climat, et pourtant nécessiter un renforcement pour résister à un séisme.

Traditional High Atlas stone house with a vertical structural crack and collapsed roof after the earthquake

Le béton n'est pas magique non plus. Un bâtiment en béton armé tient s'il est bien conçu et bien construit. Un mauvais ouvrage reste vulnérable, quel que soit le matériau.

Pourquoi le béton se voit davantage

Pour qui a perdu sa maison, reconstruire n'est pas un débat d'architecture. Il faut un toit, une cuisine, de l'eau, de l'électricité, et la conviction que le nouveau logement sera plus sûr. Le béton est disponible, les maçons le connaissent, il évoque la ville. Pour certains habitants, moderniser n'est pas une perte : c'est un progrès. Et cette modernisation avait commencé avant 2023. Le séisme l'a accélérée ; il ne l'a pas inventée.

Vieux et neufs côte à côte

Aujourd'hui, un mur de terre peut se tenir à quelques mètres d'une maison en béton. Ce n'est pas une contradiction. Certains bâtiments ont été détruits, d'autres réparés, d'autres ont tenu. La reconstruction n'avance pas au même rythme d'une famille à l'autre.

Concrete-block houses and terracotta-painted homes being rebuilt on a High Atlas hillside after the Al Haouz earthquake

Le contraste raconte l'histoire du massif : des générations de construction traditionnelle, des décennies de modernisation, puis une reconstruction intense. Un mur ancien n'est pas « seulement » ancien. Une maison neuve n'est pas forcément un rejet de la tradition.

Ourirgane, Tinmel, et une troisième voie

À Ouirgane, un projet de recherche de l'EPFL (2025) a proposé un habitat incrémental en terre locale, avec un noyau parasismique que l'on peut agrandir. À Tinmel, près de la zone épicentrale, le chantier reste visible et le sort du centre historique — dont la mosquée almohade — pose une question collective : reconstruire des maisons, c'est aussi changer l'identité d'un village.

Des études de 2026 sur le bâti en terre au Maroc ont examiné le couturage des fissures et l'élargissement de la base des murs. Cela ne sauve pas toutes les maisons. Cela montre qu'il existe un potentiel d'ingénierie dans les techniques anciennes.

Certains bâtiments neufs imitent l'apparence de la terre tout en étant en parpaings. L'identité visuelle peut survivre alors que le savoir-faire disparaît.

Trois avenirs possibles

Tout moderniser : plus rapide, plus familier, au risque d'effacer le caractère de certains villages. Tout préserver : précieux pour le patrimoine, mais exige artisans, ingénierie, règles, argent, et le consentement des habitants. Une voie hybride : sécurité parasismique, matériaux et proportions du lieu, confort contemporain. C'est la plus difficile. C'est peut-être la plus intéressante — y compris pour un voyage plus responsable.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le séisme d'Al Haouz ?

Il a frappé le Haut Atlas le 8 septembre 2023, magnitude 6,8, avec de lourds dégâts dans de nombreuses communautés de montagne.

Les maisons traditionnelles résistent-elles aux séismes ?

Pas automatiquement. Tout dépend de la structure, de la qualité, des liaisons, des fondations, des matériaux, de l'entretien et du site.

Le béton est-il toujours plus sûr ?

Non. La sécurité dépend de la conception et de la mise en œuvre, pas du seul matériau.

Le Haut Atlas ne redeviendra pas exactement ce qu'il était avant le 8 septembre 2023. Peut-être ne le faut-il pas. L'enjeu est que l'architecture à venir protège ceux qui y vivent et reste assez enracinée pour ressembler encore à une maison.

Pour voir cette transition sur le terrain, explorez le Haut Atlas, Imlil et le Toubkal avec Go Morocco Trek.